Le Christ en ivoire de l'Abbaye de Saint-Antoine

Christ en Ivoire Abbaye de Saint-Antoine
L'abbaye de Saint-Antoine est nichée dans les alpes dauphinoises sur un chemin de Saint-Jacques de Compostelle qui relie Genève au Puy-en-velais. 

L'abbaye doit son existence à des seigneurs locaux qui, vers 1070, rapportèrent de Constantinople les reliques de Saint-Antoine l'Egyptien. 

L'abbaye ne fût pas construite immédiatement. Il fallut auparavant que sévisse le mal des ardents un empoisonnement par un champignon qui infectait le seigle. Il fallut ensuite que se crée l'Ordre des Antonins en 1092 et qu'il se dévoue corps et âme à accueillir et à guérir les malades atteints par cette maladie incurable. Il fallut enfin que les seuls cas avérés de guérison atteignent des Malades qui avaient été en contact avec les reliques de Saint-Antoine.

Le nombre de pèlerins qui s'arrêtaient, étaient hospitalisés ou séjournaient à Saint-Antoine l'Abbaye s'est rapidement accru justifiant la construction de bâtiments de plus en plus grands pour les accueillir.

Ce sont des Bénédictins qui assurèrent les premiers offices. A partir de 1289 les Antonins assurèrent seuls la gestion et l'animation de ce qui était devenu entre temps une abbatiale.

Le Christ en ivoire conservé au sein du trésor de l'Abbaye dont il est un des joyaux nous entraine au crépuscule du XVIe siècle. 


Je ne saurais le décrire mieux que ces anciens visiteurs ...

Christ des Antonins Abbaye de Saint-Antoine
En 1902, Dom H. Dijon ..

"Il serait l'oeuvre patiente d`un religieux antonin qui s`est efforcé de faire rendre à l'ivoire la triple expression de la douleur résignée, de la douleur sans consolation et du cri suprême dans les affres de la mort. C'est  en tout cas, l`œuvre d'un habile anatomiste; et si l'on pourrait lui souhaiter une inspiration plus idéalisée, plus conforme au type divin de Celui qui, bien qu'expirant sur un gibet, était Dieu, et ne devait rien avoir de l'aspect d'un supplicié ordinaire, il est impossible de refuser à cette pièce d`art le mérite d`une exécution parfaite dans son genre et merveilleusement étudiée."


Christ en Ivoire des Antonins à Saint-antoine l Abbaye
En 1838, Vital Berthin ... 

"Regardez ce Christ en ivoire d'un caractère si étrange par son excessive maigreur : l'agonie brûlante de la Passion a desséché son corps, il lui reste à peine assez de chair pour consommer le sacrifice de la rédemption , ses muscles se raidissent à découvert, ses longs cheveux pendent en désordre sur son front, une sueur de sang ruisselle sur sa face convulsive, sa bouche semble jeter un cri terrible de douleur. Il faut que l'artiste ait pensé qu'il y avait bien de l'amertume au fond du calice que l'ange présenta au Sauveur dans le jardin des Olives. Jamais je n'ai vu sur la croix un combat aussi violent de la vie et de la mort."


Christ en ivoire des Antonins
Les Antonins confrontés nuit et jour à l'agonie des Corps n'ont pas craint par l'image d'associer le sort de leurs Malades à celui du Christ. 

C'était une manière d'apporter du réconfort à leurs Malades. 

C'était leur montrer que le Christ leur ressemblait.

C'était montrer que le Christ s'associait à leur propre calvaire. 



Le Christ en Ivoire de l'Abbaye de Saint-Antoine affiche le même réalisme mortifère que le Christ peint vers 1512-1516 par Matthias Grünewald (1475/1480- 1528) pour un autre Hôpital de l'Ordre des Antonins situé à Issenheim proche de Colmar. 

Le sculpteur sur ivoire du Christ de l'Abbaye de Saint-Antoine connaissait le retable d'Issenheim surtout s'il appartenait lui-même à l'Ordre des Antonins. 

Le Christ de Matthias Grünewald semble bien avoir été sa principale source d'inspiration.

Christ des Antonins de Matthias Grunewald