Un Christ en Buis attribué à Pierre Simon JAILLOT

Un Christ en Buis attribué à Pierre Simon JAILLOT

2017


Les Auteurs qui ont écrit sur Pierre Simon JAILLOT rapportent qu’il excellait dans la sculpture sur ivoire.  Aussi, l’incontournable dictionnaire numérique se fait l’écho fidèle de cet unique domaine d’excellence du Maître jurassien https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Simon_Jaillot

Confiner Pierre Simon JAILLOT à la seule sculpture sur ivoire c’est ignoré qu'il  avait exprimé le même talent, sinon plus, à sculpter le buis. Pour preuve, l’inventaire dressé à son décès où 9 Crucifix en buis Lui sont attribués contre seulement 4 Crucifix en ivoire. 

Pierre Simon JAILLOT a d’avantage exprimé son talent dans le buis que dans l’ivoire. Alors, , la question s’est posée de savoir ce qu’il était advenu des Crucifix en buis sculptés par Pierre Simon Jaillot ? Cette question est d’autant plus légitime que Pierre Simon JAILLOT vivait de la vente de ses Crucifix donc il les avait produits en quantité significative. 

Difficulté : Aucun Crucifix en buis n’a jamais été attribué à Pierre Simon JAILLOT. En tous cas, depuis 23 ans que je marque l'arrêt devant tout ce qui ressemble à un Christ en Croix je n’en ai croisé aucun.

Question :  Quels sont les critères, s'ils étaient satisfaits, qui permettraient de présumer qu’un Christ en buis est né entre les mains de Pierre Simon JAILLOT ? 

.Qu’il soit en buis et que son ancienneté soit avérée
.Qu’il soit de la même veine iconographique que les Christs en ivoire attribués incontestablement au Maître jurassien
.Qu'il soit de qualité au moins égale sinon supérieure à celle de ses Christ en ivoire, en clair, qu’il soit d’une qualité irréprochable
.Qu’il ne soit pas unique car Pierre Simon JAILLOT, vivant de la vente de ses Crucifix, en a immanquablement produit plusieurs exemplaires du même modèle
 
J’ai récemment publié le parcours historique du , un Château qui avait été la propriété de la Comtesse Marie Amélie de Bavière. C’est en cherchant à identifier le sculpteur qui avait pu produire ce Christ exceptionnel que j’ai conclu qu’il s’agissait probablement de Pierre Simon JAILLOT.

Le Christ du Château de Villacerf a été rapporté par la Comtesse Marie Amélie de sa région natale de Bavière ce qui n'implique pas que c'est un sculpteur bavarois qui l'a sculpté ! Dans mes archives je n’ai trouvé aucun Christ d’origine germanique qui se rapproche du Christ du Château de Villacerf. A l'inverse, j’ai trouvé 3 Christs identiques au Christ du Château de Villacerf. Ces 3 Christs sont tous apparus sur le marche français.

Christs attribués à Pierre Simon JAILLOT


Il ne fait aucun doute que ces 4 Christs sont sortis du même atelier

.Le Christ N°1 a été vendu par la Maison de Ventes Oger-Blanchet en avril 2013. Il était décrit comme un Christ en buis sculpté. Fin XVIIe siècle. Haut. : 40 cm
.Le Christ N°2 a été chiné par un Collectionneur qui me l'a adressé en décembre 2013 pour information
.Le Christ N°3 a été vendu par la Maison de Ventes Kapandji-Morhange en mai 2013. Il était décrit comme Christ en bois fruitier, France XVIIe siècle. Haut. : 39 cm
.Le Christ N°4 est le Christ de la Comtesse Marie Amélie de Bavière en son Château de Villacerf

. Les 4 Christs mesurent la même hauteur soit env. 40 cm ou 15 pouces en usage au XVIIe siècle
. Les 4 Christs affichent une même qualité irréprochable de sculpture, recto et verso
. Les 4 Christs sont sculptés dans le même bois de buis dont la fragilité conduit à observer des cassures au niveau des phalanges 
Enfin,
.Les 4 Christs affichent la même attitude frontale d'un modèle déposé par Pierre Simon JAILLOT

Gravure Christ en Ivoire de Pierre Simon JAILLOT


L’attitude frontale du Christ vivant, crucifié à 4 clous, le visage fermement tourné vers sa gauche, les yeux levés vers le ciel n’est pas née dans la seule imagination de Pierre Simon JAILLOT. Par contre Pierre Simon JAILLOT a amplement participé à diffuser cette iconographie en faisant graver et éditer un Christ qu’il avait auparavant sculpté dans l’ivoire que le peintre Louis LICHERIE (1629-1687) avait mis en situation le dos tourné à la ville de Jérusalem dans un de ses tableaux.

A gauche est la gravure que Pierre Simon JAILLOT a fait graver par Jean HAINZELMANN et éditer par son frère Alexis Hubert. Sur un rocher de l'avant plan est inscrit en latin « Simon Iaillot Inuenit et Sculpsit in Ebore » ainsi Pierre Simon JAILLOT revendique l' invention du modèle iconographique de son Christ sculpté dans l'ivoire.

A droite est une autre gravure identique à la précédente gravée cette fois par Gérard EDELINCK (1640-1707) à cette différence que le tableau est attribué à Eustache Le Sueur (1616-1655) au lieu d’être attribué à Louis LICHERIE (1629-1687)

Cette seconde gravure continuait d’être éditée à la fin du XVIIIe siècle par le marchand d’estampes Louis-Joseph MONDHARE (1734-1799) actif à Paris. Cette diffusion prolongée dans les milieux de l’édition traduit parfaitement le succès populaire qu’a rencontré le Christ sculpté par Pierre Simon JAILLOT.

Les différences iconographiques entre la gravure du Christ en ivoire sculpté par Pierre Simon JAILLOT et les 4 Christs en buis présentés sont mineures. Le dessin du perizonium de ses 4 Christs en buis se rapproche davantage d’un autre Christ sculpté dans l’ivoire par Pierre Simon JAILLOT et édité en 1686 par Etienne PICART (1632-1721) :
perizonium Christ de Pierre Simon JAILLOT

Pour résumer et pour conclure,

 Pierre Simon JAILLOT a fait graver des Christs qu’il avait sculptés  afin de revendiquer l' Invention de ses modèles iconographiques,. Autrement dit, Il voulait que les modèles iconographiques dont il était l' Inventeur soient des modèles déposés.

 Pierre Simon JAILLOT a sculpté abondamment le buis. L’inventaire réalisé à son décès montre qu’il travaillait davantage le buis que l'ivoire.

 Compte tenu de leur qualité irréprochable et de la notoriété prolongée de Pierre SIMON JAILLOT au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, un nombre significatif des Christs en buis nés entre ses mains ont survécu.

 Le Christ que la Comtesse Marie Amélie de  Bavière (1744-1820) conservait en son Château de Villacerf ainsi que 3 autres Christs similaires apparus sur le marché français présentent toutes les caractéristiques qui permettent de les attribuer au Maître jurassien.

En conclusion,

Le Christ de la Comtesse Marie Amélie de Bavière ainsi que 3 autres Christs similaires apparus sur le marché français sont des oeuvres de Pierre Simon JAILLOT.



  • Christ en buis de Pierre Simon JAILLOT Recto
  • Christ en buis de Pierre Simon JAILLOT Verso

Publié le 28 août 2017

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