Une belle plus-value ...

Christ Ivoire XVIIe Espagne ou Italie

Le 30 septembre 2013 j'avais écris ces quelques lignes sur un exceptionnel Christ en Ivoire qui tentait la grande culbute :

Je rapportais que ce Christ avait été vendu le 5 avril 2013 par l'étude Beaussant-Lefèvre au prix de 4 000€, qu'il avait été revu ensuite chez la SVV Europ Auction qui avait échoué de le revendre le 2 Octobre 2013 dans la fourchette d'estimation 50000€-60 000€.

Je vous livre LA SUITE ...

La maison anglo-saxonne Sotheby's a fait beaucoup plus fort en juillet 2014.

Présenté avec une estimation 25 000£-35 000£, un peu moindre que celle de la SVV Europ Auction, la Maison Sotheby's l'a adjugé à Londres le 10 Juillet 2014 pour la somme de 110 500£ (Including Buyer's Premium).

http://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2014/european-sculpture-works-art-l14231/lot.110.html

Le parcours de ce Christ en Ivoire n'est pas exceptionnel.

Bien au contraire c'est le parcours assez commun d'un bel objet initialement entre les mains d'un Particulier.

  • Un Particulier présente un objet à la vente. La description de l'objet est laconique, elle se résume en quelques mots. Il est fait peu de publicité autour de l'objet.
  • Un Marchand, Expert de surcroît, ou plutôt, un Expert, Marchand de surcroît, l'acquière. Le Marchand a ses entrées dans les Maisons de Vente.
  • L'objet est présenté à nouveau à la vente, dans une SVV différente bien sûr, avec une estimation supérieure. La description de l'objet est enrichie. La publicité est étoffée. Les acheteurs potentiels sont avertis.

Si le Marchand n'est pas trop gourmand, l'objet est vendu. Si l'objet est ravalé, le Marchand fait une nouvelle tentative.

  • Certains Marchands ont leurs entrées à Londres. De l'autre côté du Channel les Experts anglo-saxons mettent un nom sur tout. Et, quand ils ont des doutes, ils évoquent des noms d'artistes prestigieux qui pourraient de près ou de loin être en rapport avec l'objet.

Dans le cas qui nous intéresse l'Expert de la maison Sotheby's cite Gaspar Núñez Delgado. Un Christ signé de sa main se vendrait à prix d'or !

L'Expert rajoute une seconde couche il cite Domenico BISSONI bien qu'il ne soit natif ni du même pays, ni à la même période. Là encore, la signature du Maître génois amplifierait le prix d'un Crucifix …

Cerise sur le gâteau, l'Expert cite ses sources bibliographiques ainsi que les personnalités qui font références : Margarita M. Estella pour Delgado et Eike D. Schmidt pour Bissoni.

Et ça marche !

Pourtant à lire de près les précautions prises par l'Expert de la maison Sotheby's l'annonce signifie clairement que tout n'est qu'hypothèses ...

Conceptually the crucifix appears to have been carved in the tradition of Gaspar Núñez Delgado signifie littéralement Conceptuellement le crucifix semble avoir été sculpté dans la tradition de Gaspar Núñez Delgado.

It is reminiscent, for example, of the drapery found on a corpus by the Genoese sculptor Domenico Bissoni signifie littéralement Il (le perizonium) a des ressemblances , par exemple, avec la draperie que l'on trouve sur un Corpus du sculpteur Génois Domenico Bissoni.

Je ne suis pas un spécialiste de la langue mais quand ça semble ou que ça ressemble c'est que ça n'est pas !

Les photos que je vous présente ont été prises lors de l'exposition de ce Christ en Ivoire à la vente organisée par la SVV Europ Auction à Drouot le 2 Octobre 2013.

Après les photos, j'ai rapporté les annonces de vente des 3 maisons concernées.

Christ Ivoire XVIIe Espagne ou Italie
Christ Ivoire XVIIe Delgado ou Bissoni
Christ Ivoire XVIIe Delgado ou Bissoni
Christ Ivoire XVIIe Delgado ou Bissoni
perizonium Christ ivoire XVIIe

Description fournie par l'étude Beaussant-Lefèvre :

Grand Christ en ivoire finement sculpté, le périzonium noué. Travail hispanique du XVIIe siècle. (Petits manques). Hauteur: 59 cm

Description fournie par la SVV Europ-Auction :

EXCEPTIONNEL CHRIST EN IVOIRE
Le Christ est représenté les bras écartés, la tête inclinée à droite, coiffé de la couronne d'épines, et le flanc percé. La pose est traditionnelle, reprise des cruxifictions classiques médiévales, les deux pieds cloués l'un sur l'autre. Christ de douleur, souffrant, Il est encore homme.
Espagne (Andalousie ?)
Fin XVI°-début XVII° siècle
H 58, L 45 cm
Présenté sur un socle de bronze, qui enserre les jambes.
La remarquable qualité de la sculpture s'accorde avec la dimension exceptionnelle du morceau d'ivoire dans lequel l'artiste l'a taillée. Sa grandeur suggère que nous sommes devant un crucifix de dévotion privée, plutôt que de mobilier d'église. Le péryzonium trés fouillé reprend en gravure le dessin d'un linge brodé à motifs médiévaux, avec un noeud particulièrement virtuose, placé bas sur les hanches. Chaque détail est souligné, presqu'exacerbé -les gouttes de sang perlent des plaies, les veines affleurent, les aréoles des seins sont déssinées- s'opposant dans sa précision descriptive au sentiment de sérénité qui se dégage de l'ensemble. La figure du Christ, mince, émaciée, se présente comme un profil pur. Un grand nez grec, une barbe fine et frisée donne un canon oriental à une anatomie parfaitement étudiée.

Description fournie par la maison Sotheby's :

This extraordinary Baroque corpus is carved with striking realism, underscored by the wounds in the chest, hands and feet. The nervous treatment of the individual strands of hair and the crown of thorns confirm that the ivory was executed by a highly talented 17th-century ivory carver. Conceptually the crucifix appears to have been carved in the tradition of Gaspar Núñez Delgado (circa 1555 – after 1606). The elongated torso, muscles in the abdomen, oversized head and trailing hair recall numerous of Delgado's corpora; compare with that published by Estrella (op. cit., no. 19). However, the rippling Baroque perizonium would indicate that the present corpus was carved later into the 17th century. It is reminiscent, for example, of the drapery found on a corpus by the Genoese sculptor Domenico Bissoni (circa 1574-1637) published by Schmidt (op. cit., no. 52).

RELATED LITERATURE
M. M. Estrella, La escultura barocca de marfil en España. Escuelas Europeas y coloniales, Madrid, 1984, pp. 17-18, no. 19; E. Schmidt and M. Sframeli, Diafane passioni. Avori barocchi dalle corti europee, exh. cat. Pitti Palace, Florence, 2013, pp. 190-191, no. 52

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