L'erreur rapporte à son Auteur

Marie-Madeleine au pied de la Croix XIXe siècle puis XVIIe siècle


 Un Tableau adjugé aux enchères qui est attribué au XIXe siècle peut en toute légalité être adjugé une nouvelle fois aux enchères avec une attribution au XVIIe siècle. Qui dit en toute légalité dit également en toute impunité pour le Commissaire-Priseur qui commet l’erreur d’attribution. Pourtant, dans ce type de situation, il y a inévitablement un Perdant :
-S’il est avéré que le Tableau a été peint au XVIIe siècle le Perdant est le Vendeur du Tableau à qui on a affirmé que son tableau avait été peint au XIXe siècle.
-S’il est avéré que le Tableau a été peint au XIXe siècle le Perdant est l’Acheteur à qui on a affirmé que le tableau avait été peint au XVIIe siècle.


 Le tableau de Marie-Madeleine au pied de la Croix du Christ qui ouvre cette page a été adjugé par une SVV en février 2023 avec une attribution à une Ecole XIXe siècle. une autre SVV vient de l'adjuger avec une attribution à une école française du XVIIe siècle. 

Quel que soit le siècle d’attribution, le XIXe ou le XVIIe, il est bien rare que les Rédacteurs des descriptifs de lots apportent la preuve de ce qu’ils affirment. Il n’y a donc pas plus incertain que l'Ancienneté d'un Lot. La seule certitude que l’on ait dans le cas de l’exemple de ce Tableau, initialement attribué au XIXe siècle puis attribué au XVIIe siècle, est qu’un des 2 Rédacteurs de son descriptif a commis une erreur sur son Ancienneté.

L’Ancienneté d'un tableau a un impact réel sur son Estimation et par voie de conséquence sur son Prix d’adjudication.
-En février 2023 lorsque ce Tableau était attribué au XIXe siècle, il a été modestement estimé dans la fourchette 200€-300€ et il a été adjugé 2 250€ au marteau.
-En Janvier 2024, ce même tableau désormais attribué au XVIIe siècle a été estimé dans la fourchette 5 000€-6 000€, soit plus de 20 fois son estimation précédente, et a été adjugé 5 000€ au marteau.

Je me suis livré à un petit calcul afin de savoir Qui a profité le plus de cette erreur d’attribution :
 Si on prend comme hypothèses que les Vendeurs ont payé 10% de frais sur le prix d’adjudication et que les Acheteurs ont payé 30% en plus du prix d’adjudication.
-Les SVV ont encaissé  conjointement 40% de  2 250€ + 40% de 5 000€ = 2 900€
-Le Vendeur à la première Vente a encaissé 90% de 2 250€ soit 2 025€
-Le Vendeur à la seconde vente et aussi Acheteur à la première Vente a gagné 90% de 5 000€ - 130% de 2 250€ soit 1 575€

 Alors que l’erreur d’Ancienneté incombe à une des 2 SVV, ce sont les SVV qui conjointement tirent le meilleur bénéfice de leur erreur.



En complément :

 J’ai identifié 3 autres versions de ce même Tableau qui présente Marie-Madeleine au pied de la Croix du Christ :

1-     La plus notoire est celle qui est conservée dans les collections de l’Art Institute of Chicago. Cette version est attribuée à un Suiveur de Simon Vouet. Je vous fournis le lien vers le site de l’Art Institute of Chicago si vous voulez en savoir plus.

Marie-Madeleine au pied de la Croix du Christ

2-     . Cette version était passée en vente à Blois. Elle était accompagnée d’une estimation dans la fourchette 600€-800€ et avait été adjugée 950€ au marteau. Elle était attribuée à une Ecole Française vers 1700.

Marie-Madeleine au pied de la Croix du Christ

3-     La 3ième version que j’ai identifiée est conservée au Canada dans les Collections du Palais épiscopal de l'Évêché du Québec. Je vous fournis le lien vers le site qui répertorie le Patrimoine Culturel du Québec. La photo est extraite du site La Tribune de l’Art qui s’était fait écho de ce Tableau en juin 2019.


Marie-Madeleine au pied de la Croix du Christ

Publié le 4 février 2024